Face au réchauffement : quels cépages façonnent l’avenir du vignoble rhodanien ?
Depuis les années 1980, la Vallée du Rhône enregistre une hausse des températures moyennes de 1,5°C à 2°C selon Météo-France, couplée à une irrégularité croissante...
Le vignoble du Rhône méridional fascine par sa mosaïque de paysages. Entre la puissance du mistral, l’éclat du soleil provençal et la diversité des sols, trois entités structurelles scandent ce territoire : les plateaux, les plaines et les coteaux. Ces formes, loin d’être anodines, agissent sur le profil des vins, leur structure et même leur expression aromatique. Comprendre leur singularité, c’est remonter la source des grands rouges corsés de Châteauneuf-du-Pape, des blancs élégants de Lirac, ou encore des rosés frais de Costières-de-Nîmes.
Les plateaux, à l’image du plateau des Dentelles de Montmirail ou de la garrigue de Valréas, s'étendent entre 150 et 350 mètres d’altitude. Ils se distinguent par leur exposition au vent et aux variations thermiques, offrant ainsi des conditions idéales à la maturation du raisin.
Une donnée marquante : sur le plateau de la Crau, la concentration de galets peut atteindre 80% en surface, influant sur la température de la vigne et, par là, sur la maturité des baies (Source : Château La Nerthe).
Les plaines sont sans doute la partie la plus accessible et la plus visible du vignoble méridional. Elles dessinent un vaste ruban agricole, s’étendant autour d’Orange, d’Avignon, ou encore au sud de Montélimar, entre 30 et 120 mètres d’altitude.
À retenir : dans certains secteurs, les rendements peuvent dépasser 50 hl/ha, tandis que sur les coteaux qualitatifs, ils s’inscrivent parfois sous les 35 hl/ha (source : INAO).
Les coteaux incarnent un visage plus secret, escarpé et parfois aride du Rhône méridional. Souvent exposés plein sud, ils courent le long des collines ou contreforts, de Vaison-la-Romaine aux Costières-de-Nîmes, entre 50 et 300 m d’altitude.
Un chiffre à relever : à Gigondas, grand terroir de coteaux, la pente peut excéder 30% par endroits, ce qui rend le travail plus technique mais favorise le drainage, limitant la vigueur de la vigne – et offrant in fine des vins puissants mais racés (source : Gigondas-la-Cave).
Le choix du cépage est intimement lié à la topographie :
Un exemple significatif : dans les parties hautes de Vacqueyras, la Syrah représente jusqu’à 30% de l’encépagement, contre moins de 10% en plaine, du fait du microclimat plus frais et de la rétention d’acidité en altitude (source : Syndicat de l’appellation Vacqueyras).
Dans le Rhône méridional, la notion de « terroir » s’incarne d’abord dans le paysage. La conjonction du relief, du sol, du climat et de l’homme aboutit à des styles singuliers :
À noter que les AOC les plus réputées du sud Rhône – Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Lirac – puisent dans les coteaux et sur certains plateaux leur renommée, tandis que les plaines couvrent plus largement les Côtes du Rhône génériques ou les IGP.
La compréhension et la valorisation des plateaux, plaines et coteaux traversent l’histoire régionale. Dès le Moyen-Âge, les religieux et les nobles ont repéré les coteaux comme sources de « vins de garde », tandis que la plaine alimentait des productions agricoles diversifiées. Aujourd’hui, l’enjeu se renforce : le changement climatique pousse de nombreux vignerons à rechercher les expositions plus fraîches, à investir de nouveau certains plateaux et pentes pour préserver vivacité et équilibre.
Au fil des décennies, la mécanisation en plaine a facilité le travail, tandis que sur les coteaux, l’entretien manuel, le recours à la traction animale ou à une viticulture à « haute densité » demeurent une réalité, imposée par la pente ou le morcellement parcellaire (voir rapport CIVP 2023).
Découvrir les plateaux, plaines et coteaux du Rhône méridional, c’est lire le paysage comme un livre ouvert sur le passé, le présent et l’avenir de la viticulture. Pour le voyageur comme pour l’amateur, chaque bouteille devient un message du relief qui l’a vu naître. L’étonnante diversité du sud rhodanien, visible à l’œil nu ou transmise par le vin, incite à la curiosité et à la rencontre. Des galets de la Crau aux pentes secrètes de Gigondas, la géographie invite à s’attarder, à déguster et à s’imprégner de la richesse de ces terres, à la fois ancestrales et tournées vers l’avenir.
Sources : Inter Rhône, INAO, Château La Nerthe, Syndicat Vacqueyras, Gigondas-la-Cave, CIVP.